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L’Observatoire International des Médias au Forum Social Mondial de Mumbai
14 avril 2004 - Analyse de l’OFM - Bernard Cassen

La critique des médias fut l’un des sujets clés du Forum Social Mondial qui s’est tenu du 16 au 21 janvier à Bombay en Inde. La question de la création d’Observatoires des Médias à travers le monde fut abordée pendant la conférence plénière "Médias, culture et connaissance", lors de la journée du 18 janvier, ainsi qu’au cours du séminaire organisé par l’Observatoire international des médias / Media Watch Global, le 19 janvier.

La conférence plénière "Médias, culture et connaissance" se déroula de 9 à 12 heures le 18 janvier et comportait les interventions d’Augusto Boal (Brésil), Bernard Cassen (France), Fernando Martinez Heredia (Cuba), N. Ram (Inde), Richard Stallman, (Etats-Unis), Namvar Singh (Inde), Aminata Traore (Mali) Ashok Vajpeyi (Inde), et Nikhil Waggle (Inde).

L’intervention de Fernando Martinez Heredia, la seule ayant fait l’objet d’un document écrit, portait essentiellement sur les mécanismes de la domination politique et culturelle. On en notera un passage sur le point essentiel qu’est la bataille du lexique : " La bataille de la langue est au centre de cette guerre culturelle, et nous ne sommes pas en train de la gagner". Nous avons tendance à nous laisser trop influencer par certains préjugés installés comme autant de préalables à toute communication (par exemple « les bienfaits inhérents à la libéralisation » ou l’« inefficacité de l’Etat »), comme s’ils ne signaient pas l’arrêt de mort de toute pensée et de tout sentiment indépendants.

Bernard Cassen, quant à lui, évoqua le « besoin d’un contre-pouvoir citoyen au pouvoir du système médiatique ». Expliquant que " les médias dominants, notamment audiovisuels, sont devenus des acteurs économiques majeurs de la mondialisation néolibérale en tant que composantes de gigantesques groupes de communication", il rappela qu’ils en sont aussi "des vecteurs idéologiques qui tendent à dénaturer et parfois à diaboliser tous les mouvements s’opposant à la dictature des marchés, aux transnationales et aux forces politiques et gouvernementales qui les appuient. La critique du système médiatique est désormais un front de lutte prioritaire pour les mouvements sociaux" car " c’est bien le système qui est en cause, et non pas les journalistes, qui en sont souvent eux-mêmes victimes dans leurs conditions de travail et leur liberté d’expression. Le droit à l’information et le droit d’informer deviennent des revendications à ne pas séparer de celles des droits économiques sociaux et culturels" conclut-il.

Outre la question des médias, le point le plus sensible abordé par les deux intervenants indiens Nikhil Waggle et Ashok Vajpeyi fut celui de la diversité linguistique du sous-continent et du statut de l’anglais, langue de l’ancien colonisateur, mais aussi seul dénominateur commun entre les différentes communautés linguistiques. Et, de surcroît, langue dominante dans le monde ou « langue-dollar », selon le terme employé par Bernard Cassen.

Le séminaire de l’Observatoire international des médias / Media Watch Global (MWG) qui se tint de 9 h 30 à 12 h le 19 janvier rassembla quatre membres de son Bureau : Bernard Cassen (France), Mario Lubetkin (Uruguay), Roberto Savio (Italie) et Carlos Tiburcio (Brésil) et, également, Diane Senghor (Sénégal), directrice de Panos Africa et Kamal Chenoy, professeur de systèmes politiques comparés à l’Université de New Delhi.

Les différents exposés portèrent sur la genèse, la création, la philosophie et les premières activités de MWG, ainsi que de l’Observatoire français des Médias (OFM). Carlos Tiburcio rendit compte du travail effectué par des groupes de chercheurs et de bénévoles pendant la campagne électorale présidentielle brésilienne de 2002, au cours de laquelle ils procédèrent à des études de contenu des principaux quotidiens et publièrent chaque semaine leurs résultats pour exercer une pression en faveur de l’égalité de traitement des candidats. Kamal Chenoy et Diane Senghor exposèrent la situation des médias respectivement en Inde et en Afrique, et de la nécessité d’y créer des Observatoires.

L’intérêt de ce séminaire fut double : sensibiliser de nouvelles forces à l’importance du système médiatique comme acteur majeur de la mondialisation néolibérale et comme vecteur de propagation de la « pensée de marché », établir de nouveaux contacts pour aider à la création de nouveaux Observatoires nationaux et mettre en œuvre des rapports de travail avec l’OFM. En plus des contacts bilatéraux qui pourront se nouer d’ici-là, rendez-vous fut pris pour le FSM 2005 à Porto Alegre, ainsi que lors des éventuels forums régionaux.

Bernard Cassen - mars 2004


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