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Nous publions ci-dessous une "contribution au débat" sur la réforme du secteur médiatique au Venezuela (dans le cadre du "projet de loi de responsabilité sociale"). Le point de vue présenté est celui de l’auteur. Le contenu de cet article n’engage pas l’OFM.
Avec un soutien populaire confirmé par les résultats du référendum révocatoire d’août dernier, Hugo Chávez va pouvoir relancer le processus de réformes engagé, malgré les attaques de l’opposition et l’ingérence américaine, depuis son arrivée au pouvoir en 1998. L’un des projets fondamentaux du gouvernement vénézuélien, le projet de loi de responsabilité sociale, vise à moderniser la législation du secteur audiovisuel qui repose sur un texte datant de... 1941. Mis de côté en 2000, en raison de la fronde des magnats des médias, le projet va pouvoir être remis à l’ordre du jour. Faut-il s’attendre à de nouvelles attaques des relais internationaux de l’opposition vénézuélienne ? Si tel était le cas, il y a fort à parier qu’elles prendront la forme de la salve tirée par l’ONG Human Rights Watch en 2003 : " Malgré ses attaques verbales contre la presse et la télévision d’opposition, le Président Chávez a jusqu’à maintenant évité de limiter la liberté des médias. Nous nous inquiétons du fait que son gouvernement prenne maintenant des mesures visant à limiter le débat public au Venezuela." [1] Le 25 janvier 2003, l’organisation non gouvernementale Human Rights Watch annonce qu’une "enquête du gouvernement [vénézuélien] pour violation des lois de télédiffusion à l’encontre de deux chaînes de télévision vénézuéliennes met la liberté de la presse en danger au Venezuela." Les chaînes de télévision privées RCTV et Globovisión sont en effet soupçonnées d’avoir, notamment au moment de la tentative de coup d’état de 2002, émis des "programmes s’attaquant à l’ordre public, discréditant l’autorité et les institutions et diffusant des informations fausses et tendancieuses." [2] La question de la réglementation de la diffamation reste bien sûr une question difficile dans la plupart des pays. Vaut-il mieux permettre à chacun de dire tout et n’importe quoi ? Est-il préférable pour le débat politique de donner leur place aux radicalismes les plus exacerbés et à des formes d’intolérance flagrante (racisme, sexisme, antisémitisme, insultes) ? Ou bien, vaut-il mieux demander à chacun de s’exprimer dans le cadre d’un "respect mutuel" délimité par une loi, qui peut dès lors être accusée d’étouffer le débat en en extrayant des sujets, certes douloureux, mais importants ? Dans un courrier adressé au président Hugo Chávez et daté du 1er juillet 2003, José Miguel Vivanco souligne, à juste titre, le caractère excessif de l’article 53(j) de loi vénézuélienne sur les télécommunications qui interdit la "transmission d’informations fausses, trompeuses ou tendancieuses." [6] Citant Dr. Eduardo Bertoni, Rapporteur Spécial sur la Liberté d’Expression de l’Organisation des Etats d’Amériques, qui s’appuie lui-même sur la Convention Américaine sur les Droits de l’Homme, Monsieur Vivanco note que "le droit à l’information inclut tout type d’information, y compris une information qui, plutôt qu’exacte, peut s’avérer "erronée", "fausse", ou "incomplète", précisément parce que la discussion et l’échange d’idée les plus larges représente un moyen approprié de trouver la vérité." [7] Aujourd’hui, le secteur des médias vénézuélien est réglementé sur la base d’une loi datant de 1941, avant même l’arrivée de la télévision au Vénézuela, et totalement inadaptée à la situation contemporaine. Il est intéressant de noter, par exemple, que les sanctions maximales prévues par ce texte s’élèvent à un maximum de... 50 000 bolivars (soit environ 25 euros). Le législateur a aussi prévu la suspension temporelle de l’autorisation d’émettre et la révocation des licences, des mesures dont le gouvernement Chávez n’a évidemment jamais fait usage tant elles posent problème en terme de liberté d’expression. La réglementation des seuils de concentration des médias ferait passer la très grande majorité des réglementations occidentales pour autoritaires. Si la lettre de la Loi limite la concentration à une fréquence par localité et par personne (ou par famille), les groupes en détournent l’esprit en mettant en place des structures juridiques leur permettant de dépasser ces limitations... car la loi n’évoque pas le cas des personnes morales. De la même façon, les "participations croisées" - strictement contrôlées dans la plupart des pays- ne sont pas réglementées : il est possible pour un acteur commercial d’être présent à la fois dans le secteur télévisuel et dans le secteur radiophonique. Ainsi, José Miguel Vivanco termine son courrier de la façon suivante : "En conclusion, je ne saurais trop insister pour que vous garantissiez le respect traditionnel du Venezuela envers les libertés publiques en général, et la liberté d’expression en particulier, en limitant de façon stricte l’intervention de l’état dans les médias aux mesures nécessaires à la promotion d’un débat public varié et vivant. Je vous demande donc de vous assurer que votre gouvernement retire son projet de Loi de Responsabilité Sociale sur la Radio et la Télévision, et qu’il est extrait ou revoit de façon majeure les provisions qui sont incompatibles avec les normes internationales concernant la liberté d’expression." Renaud Lambert - octobre 2004 [1] José Miguel Vivanco, Directeur exécutif de la Division Américaine de Human Rights Watch. Communiqué de presse daté du 25 janvier 2003. [2] ibid. [3] Communiqué de presse de Human Rights Watch daté du 18 juillet 2003. [4] On peut bien entendu s’étonner du fait que d’une part les agressions "extrêmes" des médias soient considérées comme favorisant le "débat public" alors que les "attaques verbales" de Chávez contre les médias sont elles considérées comme représentant une menace contre la démocratie vénézuélienne. [5] Communiqué de presse de Human Rights Watch daté du 18 juillet 2003. [6] Courrier de José Miguel Vivanco adressé à Hugo Chávez et daté du 1er juillet 2003. [7] ibid. [8] Lire Maurice Lemoine, "Dans les laboratoires du mensonge", Le Monde diplomatique, août 2002. Le remarquable documentaire « Claves para una masacre » démonte également d’une manière incontestable cette manipulation. [9] Courrier de José Miguel Vivanco adressé à Hugo Chávez et daté du 1er juillet 2003. [10] "Limité" car il ne s’agit que de l’imposition de minimas de production nationale et de règles de programmation en fonction des heures (pornographie, violence, programmes pour les enfants). On notera aussi la possibilité pour les représentants de la société civile de faire des remarques de fond ou de forme aux dirigeants des médias et l’obligation pour les opérateurs d’apporter des explications ou des réponses. [11] Maître de conférences à l’Université de Paris 8 et co-animateur de l’association Acrimed. |
13 juin 2005
13 juin 2005
13 juin 2005
31 décembre 2004
27 décembre 2004  
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