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Des cerveaux disponibles pour médiamétrie
4 juillet 2005 - Vos observations - Joachim Viallet
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UN REGARD SUR LA TELE ORDINAIRE

DES CERVEAUX DISPONIBLES POUR MEDIAMETRIE

Piqûre de rappel :

Les chaînes de télévision vivent essentiellement de la publicité.

"Soyons réalistes : à la base, le métier de tf1, c’est d’aider Coca Cola, par exemple à vendre son produit (...). Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est à dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible (...)."

Patrick Le Lay, PDG de TF1. (Juillet 2004)

Depuis 1985, un organisme se charge de mesurer le "temps de cerveau disponible" : Médiamétrie... et pas seulement celui des fans de TF1, mais aussi de tout les autres téléspectateurs, auditeurs, surfeurs du ouaib.

Médiamétrie, un organisme "dépendant".

Professionnels de la télédiffusion, publicitaires et annonceurs sont à l’origine de ce thermomètre de l’audience télévisuelle. Devenu indispensable pour fixer le prix de vente de "l’espace publicitaire" : un tarif à la seconde, qui fluctue en fonction du nombre et de la qualité sociale des téléspectateurs présents à un instant donné. Médiamétrie est le médiateur que se sont choisis les chaînes de télé et les publicitaires pour s’entendre sur ce prix de vente du temps d’antenne réservé à la pub. Ce que Patrick Le Lay qualifie de "temps de cerveau humain disponible". Ce médiateur est totalement dépendant, par nature, des diffuseurs de programmes et de leurs clients : les publicitaires. Ils en sont tout simplement les actionnaires.

Méthode de calcul :

3 150 foyers, soit 7 616 individus de 4 ans et plus sont sondés 24h/24 par un mouchard électronique (médiamat) relié à leur téléviseur et à une ligne de téléphone.

Inconscient collectif :

Au fil des années l’outil est devenu indispensable et son utilisation intensive a transfiguré le paysage audiovisuel. L’audimat fait et défait les programmes. Impose tel animateur, retire tel autre, parce qu’il plaît ou non à la ménagère de moins de cinquante ans. Tel magazine d’information sera éliminé, déplacé ou modifié, etc... Tous les "fabricants de contenu", cinéastes, journalistes, producteurs et même les invités politiques sont depuis longtemps assujettis à la loi : faire son chiffre, en part de marché. Afin que la chaîne rentre dans ses frais grâce à la pub. Cette logique tient lieu de ligne éditoriale dans le PAF. Ce n’est un secret pour personne.

<>, <>, <>, sont des phrases que tout professionnel des médias connaît. Le lien entre ces réactions stéréotypées, cette pensée unique encore peu décriée et Médiamétrie est la télévision. Le média dominant vers lequel tous les acteurs culturels et politiques convergent.

Médiamétrie fabrique l’écluse, le goulot d’étranglement par lequel la parole publique, culturelle doivent passer. On s’est adapté : dirigeants d’entreprise, de parti politique, chanteurs, journalistes, font du télé training depuis plus de 20 ans de peur de nous ennuyer. "L’expérience collective" que chacun vit seul devant son poste a déjà modifié notre rapport au langage. Les informations nous arrivent par tranches de 20" à 1’30, formant dans nos cerveaux disponibles un gloubiboulga de "avec carrefour, je positive", "l’Europe n’est ni de droite, ni de gauche", "avec mma, zéro tracas", "il faut assouplir le droit du travail".

Le Médiamat, outil démocratique absolu ?

A l’heure où on s’indigne à juste titre de la concentration des chaînes autour de Bouygues, Lagardère, Vivendi, il est aussi nécessaire de lancer un débat sur le rôle de Médiamétrie.

Il est incroyable que cette entreprise soit, de fait, juge et partie dans le rapport de force qui oppose prise de parole citoyenne et discours dominant.

L’audimat appartient à un type de sondage invérifiable. Aucun verdict de la réalité comme lors d’un scrutin n’est à craindre ou à espérer.

Il est actuellement trop facile de tronquer les chiffres d’audience en piochant l’échantillon de sondés dans les fichiers des annonceurs par exemple :

"Je prends mon petit déjeuner tous les matins comme hypnotisé par l’arrière de ma boîte de chocolat préférée. Je joue au super jeu pour "peut- être" gagner un super truc, j’ai le cerveau plus disponible que la moyenne. Je me retrouve échantillon, avec mon médiamat. Je suis le maître du monde et je l’ignore".

Cauchemar ou réalité ?

Ce scénario catastrophique pour le citoyen ne l’est pas du tout pour les partenaires de Mediamétrie. Bien au contraire, c’est le rêve de tout "marketeur" : Trier les consommateurs, et garantir leur "disponibilité de cerveau" à ses clients.

Exit les "indisponibles" et autres qui regardent Arte, ou pire qui ne consomment pas assez. Vive la statistique dépolluée !

EXIGEONS LA CREATION DE CRITÈRES DE SATISFACTION SUR LA MISSION D’INFORMATION DES TELEVISIONS

EXIGEONS QUE CULTURE ET INFORMATION BENEFICIENT D’UNE TAXE SUR LA PUBLICITÉ


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