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Le traitement de l’influenza aviaire dans un journal agricole. Bimensuel agricole de format tabloïd, Agriculture 44 est édité par la Chambre d’agriculture de Loire-Atlantique avec le concours du Crédit agricole, de Groupama et de la Mutualité sociale agricole. Il est adressé par voie postale à 16 000 lecteurs, essentiellement en Loire-Atlantique. Clairement positionné comme bimensuel d’informations agricoles, il aborde le sujet de l’influenza aviaire comme rassembleur-ambassadeur. Décryptage. Agriculture 44 s’affirme pleinement comme journal territorial. En effet par sa structure et son contenu, il répond aux critères établis par Isabelle Paillart, dans son livre « Les territoires de la communication » [1], pour qualifier un journal de territorial : il met les faits à l’agenda ou au répertoire, assure la promotion des hommes et des produits et enfin rend service. Ce journal affirme aussi sa territorialité par les angles des sujets. Ainsi, quels qu’ils soient, tous se réfèrent directement ou indirectement à la Loire-Atlantique. C’est pourquoi le sujet influenza aviaire n’a commencé à être abordé qu’à partir de l’édition de la fin août. Et de manière indirecte car il était alors question de l’apparition, dans un élevage de faisans, de cas de maladie de Newcastle. Maladie présentée, avec l’influenza aviaire sous le terme plus générique de peste aviaire.   Influenza aviaire, késako ?Le premier sujet sur l’influenza aviaire est publié dans l’édition du 8 septembre avec un titre et une photo en lucarne de une. Sous le titre « L’influenza aviaire, késako ? », un article reprend des éléments du site du ministère de la santé sur « la grippe aviaire ou grippe du poulet ». Un second papier évoque les précautions à prendre dans les élevages de volailles. Enfin, un encadré indique la nomination d’un délégué interministériel au risque de pandémie aviaire. Au total cela fait une page entière du journal. Dans l’édition du 20 octobre, le sujet est abordé sous forme d’un court papier en page trois : « Surveillance des oiseaux sauvages. » Cet article est signé de l’agence spécialisée, Agra Presse : « Le confinement des volailles n’est pas nécessaire en France », affirmait alors le ministre de l’Agriculture ! Le 3 novembre, le journal place le titre dans une des lucarnes (photos supérieures) de la page une. Le titre résume l’état d’esprit qui prévaut au sein des éleveurs : « Bon poulet ! ». La photo est celle d’une jeune restauratrice nantaise qui s’est spécialisée dans les plats à base de volailles et qui réagit à la fuite des clients par une action de communication que relate Agriculture 44. Sur cette même page, un article de tête développe la mesure de « confinement des volailles plein air » et publie dans un encadre la position de la Chambre d’agriculture. Dans son édition suivante, datée du 17 novembre, le sujet arrive dès la page deux. Il s’agit d’une reprise in extenso, du texte d’une brochure co-édité par la Chambre d’agriculture et la direction des services vétérinaires, des « mesures de précaution », à prendre pour éviter tout risque. Ce papier intègre des éléments de l’arrêté ministériel sur l’enfermement des volailles. La volaille occupe à nouveau une lucarne de la une du journal du 1er décembre, avec une photo de carcasses. Il s’agit d’évoquer la situation du marché. Deux articles développent ce sujet. L’un établit un état des lieux, le second aborde le rôle des médias comme cause de cette « phobie aviaire ». Leur rôle est resitué dans le contexte national et international en rappelant que les médias ne sont pas les seuls à parler du sujet. Enfin, un encadré revient sur l’obligation d’enfermer les volailles, en espérant que cette mesure sera levée le 1er décembre.   Volailles festivesIl n’en a rien été, au contraire. Puisque « le ministère prolonge l’arrêté jusqu’au 31 mai ». Tel est le titre de l’article de tête de l’édition du 15 décembre Un second souligne que « l’influenza aviaire est une maladie strictement animale ». Enfin, un encadre rappelle que le principe de précaution est désormais constitutionnel et qu’il faut donc s’attendre à ce qu’il soit évoqué à la moindre alerte sur la santé publique. Cette édition étant la dernière avant les fêtes de fin d’année, le ventre du journal (photo principale et texte) renvoie aux pages centrales consacrées aux volailles festives. En trois reportages d’une page chacun, il est question de volailles plein air fermières en vente directe, celles sous label rouge et le foie gras. Le 5 janvier, un papier d’Agra Presse indique que « les vingt-cinq étendent la surveillance à tous les types de virus ». Un encadré prévient des « aménagements de mesure d’enfermement des volailles. » La volaille fait à nouveau la Une du journal, quinze jours plus tard, dans l’édition du 19 janvier. Toujours en lucarne. Le papier de tête fait le point sur le marché de la volaille en chute depuis l’annonce de décès en Turquie. Introduit au moment du bouclage, un paragraphe fait état, en pied, des initiatives de la filière pour la promotion de la volaille française. Un deuxième article est une analyse sémantique de cette maladie animale : « Influenza versus grippe ». Enfin, un encadré revient sur l’extension de l’obligation d’enfermement des volailles à 38 autres départements et sur les mesures préventives que compte prendre le gouvernement, avec l’annonce de deux exercices de simulations. Au total, incluant le numéro daté du 19 janvier 2006, en onze éditions, Agriculture 44 aura placé la volaille quatre fois en une depuis la fin du mois d’août et traité le sujet de l’influenza aviaire dans neuf éditions, avec presque dans chacune d’entre elles, une page entière soit deux à trois articles.   Communauté des « nous »Si on emprunte la catégorisation établie par Géraldine Muhlmann dans son ouvrage « Du journalisme en démocratie » [2], on peut distinguer quatre grands types de journalistes : le journaliste-flâneur, le journaliste-en-lutte, le journaliste rassembleur-ambassadeur, le journaliste-décentreur. Ces deux dernières catégories étant emblématiques de la modernité et cherchant toutes deux à constituer à la communauté des « nous ». Si ces quatre catégories peuvent se retrouver dans Agriculture 44, il est clair que celle qui prévaut le plus, au regard des articles consacrés à l’influenza aviaire, est celle de rassembleur-ambassadeur. En effet, les articles visent bien à rassembler tous les éleveurs de volailles dans une même communauté des « nous ». Il s’agit aussi de leur donner à connaître les mesures de prévention en élevage, les informer des décisions gouvernementales, leur donner une grille de lecture de ce qui se passe autour d’eux, en évitant le manichéisme et de faire porter le chapeau aux seuls médias. Comme le souligne pour sa part Birgitta Orfali 3, face à un événement extraordinaire, comme l’épizootie d’influenza aviaire et son extrapolation en pandémie humaine, les gens ont besoin d’être rassurés et les organisations doivent rassurer. Agriculture 44 a donc choisi de rassurer les éleveurs et de les conforter dans leur professionnalisme. Il leur donne aussi des éléments pour argumenter dans leurs relations avec leurs entourages et donc rassurer à leur tour. Les résultats d’une enquête de lectorat réalisée auprès de 400 personnes interrogées par téléphone sur l’édition du 17 novembre, montrent que 93,8 % des lecteurs affirment que « c’est un journal qui apporte des informations utiles à leur activité professionnelle » et 83,2 % des lecteurs s’accordent à considérer que « c’est un journal qui est un bon reflet de la profession et qui en donne une bonne image. ». Agriculture 44 se positionne donc clairement comme rassembleur ambassadeur des éleveurs de volailles de la Loire-Atlantique. |
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