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LE « OUI ÉCRASANT » ESPAGNOL… SELON FRANCE INTER ET SES INVITÉS
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Ce matin (21 février 2005), sur France Inter, pour parler des résultats du référendum espagnol sur le TCE, Stéphane Paoli avait invité trois députés européens : un Espagnol, Enrique Baron, une Italienne, Lilli Gruber, et un Français, Pierre Moscovici. Les trois invités ont parlé en trois phases :

-  entre 7 h 55 et 8 h, Stéphane Paoli a appelé Enrique Baron à Madrid.
-  entre 8 h 20 et 8 h 30, Stéphane Paoli les a fait parler tous les trois.
-  entre 8 h 40 et 8 h 55, deux des invités (Lilli Gruber et Pierre Moscovici) ont répondu aux questions des auditeurs de France Inter (Enrique Baron était parti).

Remarque sur ces invités :

Enrique Baron est du groupe socialiste et ancien Président du Parlement européen.
Lilli Gruber est du groupe socialiste - Présidente de la délégation du Parlement européen pour les relations avec les Etats du Golfe (revient d’Arabie Saoudite où elle a suivi les élections ) et ancienne présentatrice vedette de la RAI Uno.
Pierre Moscovici est du groupe socialiste, vice-Président du Parlement européen - ancien ministre français des Affaires européennes.

Donc, les trois invités étaient tous les trois socialistes (donc des partis les plus pro-européens avec les démocrates-chrétiens) et tous les trois avaient - ou avaient eu - des responsabilités de premier plan au parlement de Strasbourg (ce n’étaient pas des députés de base). En plus - objectivement - ils venaient épauler un Français (Pierre Moscovici) qui est celui qui, dans son parti (socialiste) et dans son camp (la gauche parlementaire) a le plus de difficultés à faire passer le « Oui ».

[J’ajoute aussi - ce qui ne se voyait pas à la radio - que Lilli Gruber est une femme jeune, belle, séduisante, intelligente, connaissant bien ses dossiers et parlant à merveille le français. De plus, comme ancienne présentatrice de la RAI, elle connaît toutes les « ficelles » de la présentation télévisée et radio, ce qui la rend encore plus efficace. Pour les oreilles - et pour les yeux - d’auditeurs et de téléspectateurs français, cela la rend très sympathique - ce qu’elle semble être, d’ailleurs - et, en plus, pour des électeurs de gauche, elle est contre Berlusconi, ce qui en fait un agent particulièrement efficace du « Oui » de gauche. Ses invitations à la télévision française ne sont donc pas innocentes].

Qu’ont-ils dit ?

Lilli Gruber a eu un verbe très révélateur en disant : « Comment vendre entre guillemets l’Europe (sous-entendu aux électeurs) ». Parmi tous les verbes exprimant la même idée, on aurait pu imaginer « convaincre », « persuader », « décider », « conduire », « amener », « inciter », « engager », « déterminer », « encourager », « gagner », « attirer », « plaire », etc. Or, Lilli Gruber a choisi, dans un autre registre, le verbe « vendre », comme si l’Europe était une savonnette, un soda ou un téléphone portable. Il semble d’ailleurs qu’au moment même où elle parlait, telle se soit rendue compte de la maladresse du terme, ce qui lui a fait ajouter « entre parenthèses », qui est un rattrapage de dernière seconde. En effet, ce « entre parenthèses » n’est, au fond, qu’une figure de style, une prétérition, procédé où l’on feint de nier une proposition dans le temps même où on l’exprime (ex. : Monsieur le Président Directeur Général, si je n’avais pas le plus grand respect pour vous, je dirais que vous êtes un fieffé imbécile). Or, Lilli Gruber - en dépit de ses habiletés oratoires - a eu le mot adéquat, le mot révélateur : pour une Europe où la « concurrence doit être libre et non faussée », « vendre » est bien le terme exact.

Enrique Baron a dit « Il ne faut pas sans cesse donner raison aux abstentionnistes », pour minimiser le niveau médiocre de participation au référendum espagnol (42 %, soit trois points de moins que lors du scrutin européen de 2004). Il faisait écho, en l’occurrence, à François Hollande qui, quelques minutes auparavant, avait dit : « Le niveau de participation est moins mauvais que nous le redoutions », du même ton qu’en juin 1940 un général aurait dit : « Nos troupes ont victorieusement repoussé un peloton allemand à Bagnères-de-Bigorre ». Il a aussi dit : « Il est difficile de trouver en Espagne des opposants à la Constitution, en dehors de quelques universitaires » [sous-entendu : ce sont des « intellos pinailleurs », jamais contents de rien, qui s’opposent à cette « magnifique » Constitution].

Pierre Moscovici, devant qui on parlait de Laurent Fabius, partisan du « Non » a dit : « Laurent Fabius n’est pas un partisan du « Non » mais un ex-partisan du non, car, désormais, il suit le parti » (je ne suis pas sûr des derniers termes mais le sens y est). Autrement dit, il a minimisé l’importance de la contestation au sein du P.S. De plus, comme Enrique Baron, il a aussi minimisé l’importance de l’abstention (je n’ai pas relevé les termes exacts de ses propos).

Qu’ont dit les auditeurs de France Inter ? Il y a eu trois ou quatre appels, et, parmi les interventions sur Internet, plusieurs auditeurs de France Inter ont relevé vigoureusement que la station n’avait invité que des partisans du « Oui ». Ce que Stéphane Paoli a bien reconnu, mais en disant que, dans une durée aussi courte, il n’était pas question d’organiser un débat, et que, dans les jours à venir, on inviterait des partisans du « Non ». (Il me semble même qu’il a cité des noms du P.S., mais je n’en suis pas sûr). La réponse de Stéphane Paoli m’a semblé un peu spécieuse :

-  La durée de l’intervention s’est étalée de 7 h 55 à 8 h 55 (soit une heure) et le total cumulé m’a semblé être d’au moins 3 + 10 + 15 minutes, soit près d’une demi-heure. Or, dans des laps de temps bien moindres, tous les jours, sur des sujets controversés, France Inter n’a aucune difficulté à présenter des opinions opposées.
-  Sur le total, même en ne tenant compte que du « Oui », France Inter n’a même pas invité des partisans du « Oui »de droite (UMP ou UDF), alors que leurs homologues espagnols avaient aussi fait campagne pour le « Oui », comme s’il s’agissait d’aider le parti qui semble le plus en difficulté au sein de son camp (gauche parlementaire et syndicats).
-  Chacun sait que les horaires de la radio ne sont pas égaux, que la tranche de 7 à 9 heures est la plus écoutée, et que ce qui suit immédiatement un événement a plus d’audience que ce qui en est éloigné (dans deux jours, le référendum aura perdu de nombreux points d’audience) et qu’il vaut mieux battre le fer quand il est chaud.

Voici ce que j’ai retenu. Compte tenu de l’attitude des médias, qu’il faudra examiner à la loupe, je vous demanderai donc de me signaler scrupuleusement les compléments, rectifications, omissions autour de cette émission et de me faire part de vos critiques.

Philippe Arnaud Correspondant AMD Tours

POUR EN SAVOIR PLUS
sur le site de l’Observatoire français des médias

-  France Inter « pour le OUI » et « contre le NON »
-  « Oui, évidemment »
-  Le « OUI écrasant » espagnol… selon France Inter et ses invités
-  Lettre ouverte au CSA, à Radio France et au Ministère de la Propagande
-  Pour une information honnête pendant la campagne du référendum

sur le site d’Acrimed

-  L’Europe, l’Europe : Les DNA méprisent les lecteurs et l’électeur
-  « L’Europe, l’Europe... » : Bernard Guetta célèbre sa propre importance
-  « Les cabris de Maastricht » (Les Nouveaux chiens de garde – Serge Halimi)


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